Clod illustration blog l'illustrateur vu de l'intérieur : les gourmandises graphiques de Maïté Franchi

Les Gourmandises graphiques de Maïté Franchi

Les gourmandises graphiques de Maïté Franchi

Avec les illustrations de Maïté Franchi nous goûtons à l’élégance et l’harmonie, rien de moins. Ses images sont tout simplement parfaites. Aux courbes gracieuses répondent des lignes pures, des formes géométriques composées de telle sorte que le regard est immédiatement captivé. Mais ce n’est pas tout ! Maïté invite notre œil à se perdre dans une foule de détails, de textures et de motifs presque infinis, et pourtant tout est clair et tient en un subtil équilibre ; c’est là tout le génie de son travail. Chacune de ses illustrations nous entraine dans une aventure colorée, tantôt vive, tantôt pastelle, où le bon goût ne fait jamais défaut. J’ai posé quelques questions à Maïté pour tenter de percer le secret de ses gourmandises graphiques.

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Comment est-ce que tu te situes dans le petit monde de l’illustration ?

Le monde de l’illustration m’a toujours fait rêver, bien que je l’aie beaucoup fantasmé ! Petite, je pensais qu’il était réservé à un groupe d’une dizaine de personnes qui excellait dans ce domaine, c’est dire à quel point je le concevais loin de moi et je m’en excluais ! Je continue à cultiver ce syndrome de l’imposteur d’ailleurs. J’ai une approche de graphiste, je me focalise beaucoup sur les formats, sur l’utilisation des visuels, des crops à prévoir, sur les papiers et les contraintes. Je ne me sens pas artiste, je réponds plutôt à une demande. Du coup, j’ai un réel besoin de développer des projets personnels pour ne pas me perdre et me changer en « imprimante ». Il faut une balance, trouver un équilibre sain, entre pro et perso pour garder la notion de plaisir dans le travail.

Quel rapport entretiens-tu avec les collègues de l’illustration ?

J’adore les groupes, je serais très malheureuse de travailler dans mon coin.
Nous sommes une petite vingtaine dans mon coworking, c’est un plaisir d’avoir des allées et venues et d’écouter les projets des uns et des autres. J’ai besoin de cette énergie pour travailler. Grâce à Instagram, j’ai créé des liens d’amitié forts avec beaucoup d’illustratrices et d’illustrateurs. J’aimerais collaborer plus souvent, utiliser l’esprit et l’énergie du collectif, car on peut créer des projets incroyables en groupe ! Et puis j’aime échanger, demander l’avis des autres, être critiquée. J’essaie d’avoir le plus de recul possible sur mon travail. Une fois qu’il est terminé, c’est une partie de mon moi qui est passé, je peux m’en défaire facilement ! D’ailleurs, j’ai besoin que tout soit rapide, dans l’instant presque, car deux jours plus tard, je n’aurais pas créé le même visuel.

L’idée de reconnaissance te préoccupe-t-elle ?

Je vis assez mal avec l’idée de reconnaissance. Il y a un plaisir à être reconnue évidemment, mais ça me met très mal à l’aise ! Je ne sais pas comment réagir. J’adore échanger sur mes images. C’est même très constructif qu’une personne n’apprécie pas mon travail car on peut confronter nos idées. Dans l’illustration, nous sommes très nombreux à proposer des approches différentes, il est donc normal de ne pas se sentir connecté à l’univers de chacun. Le regard sur mon travail est très variable, tout comme l’inspiration. Moi-même, je suis rarement satisfaite de ce que je fais et quand je le suis, ça ne dure que quelques minutes.

Comment sélectionnes-tu tes commandes ?

Je refuse très peu de projets, car j’aime me sentir débordée. Même si je râle, cette situation me rassure. J’ai beaucoup de mal à refuser un projet, si je le fais, c’est parce que le budget est vraiment trop bas ou que le délai est incompatible avec mon planning. J’apprends à prendre le temps pour les projets personnels, pour développer des idées ou simplement pour rêvasser. Même si j’ai encore des progrès à faire pour ne pas laisser le stress m’envahir, ou culpabiliser de ne rien faire. Après un petit burn out, alors que je fais pourtant mon dream job, je ne voulais plus aller à l’atelier, le comble du privilège quand même ! J’en ai eu très honte. Je devais pourtant gagner ma vie. Depuis cet épisode, je refuse un peu plus facilement, même si je le vis plutôt mal.

Comment abordes-tu la question de l’évolution graphique de ton travail ?

Il y a toujours un projet personnel en fil rouge, une série d’illustrations que je continue quand j’ai une heure devant moi ou quand je me sens coincée sur un projet. Ces séries sont souvent liées par un sujet ou par une palette de couleurs. Je ne me donne aucune autre contrainte et le projet évolue selon ma créativité ou… ma flemme absolue ! Vis-à-vis de mes clients, ça ne serait pas constructif et même source de conflits, si je proposais quelque chose de très différent de ce que je produis habituellement, sauf si en amont ils sont avertis et d’accord. De même qu’ils ne me demandent pas un tout autre style que le mien, c’est à double sens pour un bon déroulement du projet ! Comme pour beaucoup d’illustrateurs, la question du style est très centrale dans mon travail. Je ressens le besoin d’évoluer parce que je m’ennuie vite et que je suis constamment insatisfaite, mais comment savoir si on va trop loin ? Doit-on faire la même chose encore et encore ? Cette question est très personnelle, et je me la pose souvent, jusqu’où pousser l’exploration ?

Merci à Maïté Franchi d’avoir partagé son expérience d’illustratrice, ses questionnements et ses petits secrets de fabrication. Si vous ne connaissez pas son bel univers, je vous invite à déguster ses délicieuses créations graphiques sur son site maitefranchi.com.

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