Clod illustre nos faits divers

Le Parisien : Clod illustre nos faits divers

Direction Artistique : PHIL2FER GRAFIC | Résumé des articles : SÉBASTIEN RAMNOUX | Illustrations : CLOD

CLOD ILLUSTRE NOS FAIT DIVERS est une exposition qui s’est déroulée du 9 mars au 6 avril 2020 dans les locaux du PARISIEN au 10 boulevard de Grenelle à Paris dans le 15ème arrondissement. Cette exposition retrace trois ans de collaboration entre Le PARISIEN et l’illustrateur Clod. Composée de 14 faits divers savamment choisis, l’exposition décrit la façon dont Clod a procédé pour parvenir à illustrer ces sujets, parfois très sensibles.

 


Prisonniers de leur amour

PAR TIMOTHÉE BOUTRY | 07 NOVEMBRE 2016

C’est l’histoire d’un amour impossible, celui d’un gardien de prison et d’une détenue, placée derrière les barreaux pour avoir poignardé et égorgé un homme. Crime qui lui a valu une peine de 23 ans de prison. Une liaison maudite puisque strictement proscrite par le règlement intérieur des prisons. Mais la passion est plus forte que tout et derrière les barreaux elle s’épanouira au point de donner naissance à un enfant. S’ensuit un parcours du combattant pour les deux amoureux : l’administration pénitentiaire a refusé au père d’assister à la naissance du bébé. Et la justice refusera une libération anticipée à la mère. Pourtant le gardien a tout sacrifié pour vivre sa nouvelle vie, quittant son foyer, jusqu’à démissionner de son poste. « La société se venge car elle n’accepte pas cette relation » regrette-t-il.Clod expose au ParisienLe regard de Clod – UN PEU DE PRÉVERT DANS UN MONDE DE BRUTES

Ma première préoccupation a été de trouver le meilleur symbole représentant une prison : une cage. À partir de l’idée « cage » et du champ lexical associé à ce mot, tout s’est mis en place : la cage, l’oiseau, l’emprisonnement… Je voulais qu’il se dégage de cette illustration une certaine forme de poésie, en raison de la dimension romantique de ce fait divers. La femme, petite et vulnérable, que l’on ne peut s’empêcher de voir comme un oiseau prisonnier remplit cette fonction poétique. Le gardien de prison sort de son rôle habituel, il tient la cage contre sa poitrine et semble en même temps protéger de ses mains la frêle femme emprisonnée dans la cage. Les couleurs froides, correspondant à l’univers carcéral, sont contrebalancées par une petite touche de rouge qui attire l’œil et qui est volontairement placée comme un cœur au milieu de la poitrine du gardien de prison. Le mur de brique qui barre l’horizon est un symbole évident du mur d’enfermement. Il subsiste néanmoins une lueur d’espoir touchant la prisonnière sous la forme d’un halo de lumière venant de l’extérieur de la prison.

 


Soupçon de viols dans une famille d’accueil

PAR STÉPHANE SELLAMI | 14 MARS 2017

Pour ces enfants, cette famille devait être un havre de paix, la promesse de vivre enfin dans un foyer normal, à l’abri des turpitudes du monde. Placés par l’aide sociale à l’enfance de Seine-et-Marne, ils ont déjà beaucoup enduré, victimes de violences ou d’abus dans leurs familles. Mais le nouveau foyer va se transformer en cauchemar. L’enquête menée en 2017 par les policiers du département suite à une dénonciation va aboutir à des poursuites contre le père de la famille d’accueil, pour viols et agressions sexuelles sur plus d’une dizaine de mineurs accueil- lis au fil des ans. La mère est mise en cause pour n’avoir pas dénoncé ces crimes. Comme souvent dans ces cas-là, des travailleurs sociaux avaient signalé le comportement suspect de l’homme bien avant l’enquête judiciaire. En vain.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – UN CONTE CRUEL

Il y a quelques astuces quand on recherche des idées en tant qu’illustrateur : la métaphore, les champs lexicaux, les proverbes ou encore les citations célèbres. La référence aux contes fait partie des outils que l’illustrateur peut utiliser. Depuis le livre La psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim, on le sait que ces histoires, très souvent cruelles, sont à connotations sexuelles. Cette idée s’est imposée à moi, à la lecture de ce fait divers. Raconter graphiquement cette histoire terrible de viols sur enfants avec les codes du conte pour enfant, en l’occurrence : Le Petit Poucet. Sur cette illustration, l’ogre occupe la place centrale. Il se fond comme un caméléon dans le papier peint de la chambre pour mieux surprendre ses proies. Il sue à grosses gouttes et ses énormes mains, d’un rouge obscène, vont s’abattre sur le Petit Poucet et ses frères et ses sœurs. Derrière l’homme, au seuil de la porte, la femme tout en ombre ne loupe rien de ce qui se trame dans la chambre mais se tourne pour mieux se cacher à elle-même la vérité. Le papier peint d’une autre époque ajoute de la tristesse et nous laisse croire qu’il s’agit là de mœurs d’un autre temps. Hélas, il n’en est rien.

 


Saint-Tropez : et l’escroc photographia BB

PAR NICOLAS JACQUARD | 17 MARS 2017

Tout le monde le sait à Saint-Tropez, La Madrague est le refuge inexpugnable de la star des stars. Brigitte Bardot, y vit à l’abri des regards. Combien de paparazzis, de reporters en herbe ou de fans se sont cassés les dents et les zooms sur l’espoir d’un cliché ? Alors quand un inconnu au profil intrigant démarche les magazines people avec, sur une simple clé USB, 45 images et 15 vidéos, personne ne mord. Bien leur en a pris. L’homme est en cavale, alors qu’il devrait purger une peine aux Baumettes à Marseille pour escroquerie. Non dénué de talent, il a réussi à pénétrer l’antre de la star en jouant de ses compétences de serrurier. C’est là qu’il a dérobé les clichés. Interpellé par hasard pour une autre histoire d’escroquerie à Paris, il a été repéré dans le Ve arrondissement de la capitale alors qu’il se faisait passer pour… le fils de BB. Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – INITIAL BB

Dans le domaine de l’illustration la caricature est un art difficile à maîtriser et pour tout dire, ce n’est pas mon exercice préféré. Quand j’ai reçu le texte de ce fait divers, j’ai été partagé entre l’enthousiasme de devoir illustrer une histoire cocasse et la crainte de ne pas arriver à représenter Brigitte Bardot. Après réflexion, j’ai pensé qu’on pouvait facilement l’évoquer par des symboles. Elle est d’abord des initiales (Initials BB de Gainsbourg). Elle représente ensuite toute une époque (les années 50-60) et la mode de ces années-là (le motif Vichy). Enfin, quand je pense à BB, je vois son visage d’aujourd’hui ; cette bouche aux lèvres pulpeuses surmontées de grands yeux, le tout coiffé d’une tignasse blonde sauvage un brin démodé. Vous mélangez toutes ces représentations et vous obtenez la structure de l’illustration. Peu importe, finalement, que l’on reconnaisse ou non les traits physiques du modèle. Un serrurier s’y connaît en serrure. Il lorgne à travers le trou d’une serrure trop grand pour lui, façon de dire que BB était un trop « gros morceau ». Inévitablement il se fait repérer en train de la photographier. Le rose bonbon de BB s’oppose au vert métallique du serrurier malsain.

 


Dans la tête des djihadistes

PAR PASCALE ÉGRÉ | 3 SEPTEMBRE 2017

Percer l’insondable figure du mal. Chercher à comprendre pour- quoi un jour des jeunes gens, souvent nés ici, se mettent à nourrir une haine telle contre leur pays qu’ils en viennent au meurtre ou à l’assassinat de masse. C’est le défi que se sont lancés des chercheurs en auscultant en détail les paroles et les motivations de 13 hommes condamnés pour terrorisme. Un travail précieux qui bat en brèche de nombreux préjugés, pour expliquer que le phénomène de radicalisation et le passage à l’acte sont toujours le produit de nombreux facteurs. « L’adoption progressive et évolutive d’une pensée rigide, vérité absolue et non négociable, dont la logique structure le monde » est le cadre de cette radicalisation selon les auteurs. Parmi ces facteurs, on trouve souvent des familles déstructurées, une recherche de repères, l’identification à une cause plus grande que sa propre existence. Une manière de trouver un sens à sa vie.Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – LE WORLD TRADE CENTER EN TÊTE

Bien souvent on se perd en conjectures quand il s’agit d’expliquer le phénomène de radicalisation, tant le problème se relève complexe. J’ai tout de suite cherché à rebondir sur le titre de l’article en tentant d’illustrer ce que contient la tête des djihadistes. Mais, que contiennent-elles justement ? Un cerveau malade ? Du vide ? De la haine ? Que représenter ? La première idée qui m’a semblé valable a été celle d’une tête qui se transforme en quelque chose de noir, comme la fumée d’une explosion. J’avais en tête l’image des tours du World Trade Center desquelles s’échappe cette terrible fumée noire. L’esquisse réalisée montrait bien l’aspect violent, mais je trouvais qu’il manquait la notion de complexité et d’incompréhension du phénomène. En outre, la masse noire de la fumée donnait au personnage une drôle d’apparence, avec une coupe de cheveux façon afro. La notion de complexité m’est venue de l’image d’un cerveau qui s’apparente un peu à un labyrinthe. La flèche en guise de nez nous indique l’accès au cerveau, la suite n’est qu’un dédale. Pour le reste, j’ai fait appel aux codes imagés du djihadiste : le fusil d’assaut, le pick-up, le drapeau noir et le sabre. Le tout dans un champ de ruines, couleur sable qui suggère, à la fois la guerre et le Moyen Orient.

 


Les cités, nouvel eldorado des proxénètes

PAR JULIEN CONSTANT | 24 NOVEMBRE 2017

En 2017, un phénomène inédit inquiète policiers et services sociaux. À plusieurs reprises à Paris, dans le Nord ou à Marseille, les services d’enquête sont tombés sur des jeunes filles mineures forcées de se prostituer par des petits délinquants de cités. « Nous sommes passés de quelques cas en 2014 à 21 affaires en 2015 puis 48 en 2016 » s’alarme le patron de l’office central de répression de la traite des êtres humains. L’explication est aussi cynique que cruelle : comme de vrais businessmen dépourvus de tout scrupule, les délinquants ont réorienté leurs activités. Le trafic de stupéfiants, dangereux et complexe, a peu à peu été remplacé par la prostitution. Ciblant des jeunes filles déscolarisées ou en rupture familiale, ces nouveaux proxénètes violents et sans pitié en retirent des revenus immédiats et considérables. 

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – ARTS PREMIERS DANS LA CITÉ

Il m’a semblé difficile d’illustrer un article sur la prostitution sans montrer la prostitution en tant que telle. Dans cette illustration tout repose sur la représentation de la femme victime. Je voulais surtout éviter les clichés habituels qui surgissent lorsque l’on dessine, filme ou photographie les prostituées. L’idée graphique m’est venue en feuilletant un de mes carnets de croquis dans lequel j’avais esquissé une série de statuettes africaines au Musée du Quai Branly. Comme sculptée grossièrement dans un bois sombre, la femme nue est allongée dans une position lascive qui suggère un rapport avec le sexe. Le visage inexpressif et son apparence de statue la relèguent au rang de femme-objet. Entre ses jambes légèrement écartées circulent de petites silhouettes masculines, guidées vers l’entrejambe de la femme. Il n’y a pas plus d’ambiguïté. Mais ce sont les yeux des deux personnages cachés derrière les immeubles de la cité qui attire finalement l’attention. On comprend que l’un surveille et que l’autre organise la prostitution. Écrasée sous le poids et de la présence des proxénètes, la femme, que la lumière des réverbères n’atteint pas, reste définitivement figée comme morte sur un lit de billets de banque. Les couleurs froides et les textures râpeuses des immeubles ajoutent de la tristesse à la noirceur de la situation.

 


Trahi par son réseau social

PAR BARTOLOMÉ SIMON | 02 DÉCEMBRE 2017

Avant, les cambrioleurs appelaient les numéros de téléphone des maisons qu’ils souhaitaient visiter, pour vérifier si les occupants étaient présents ou non. C’était l’époque où les Français avaient encore des fixes. À l’heure du 2.0, ce sont désormais les réseaux sociaux qui peuvent vous trahir. Surtout si par imprudence, vous affichez fièrement des produits qui peuvent attirer la convoitise. C’est ce qui est arrivé en 2017 à un jeune homme en banlieue parisienne. Son péché mignon ? Les sneakers. Il en possède une cinquantaine de paires, patiemment collectionnées durant huit ans. Alors bien sûr, il les montre, notamment sur Instagram. Des Jordan Retro, des Yeezy, certaines peuvent monter jusqu’à 2 000 euros. Un soir, en rentrant chez eux, ses grands-parents, chez qui il habite, découvrent la maison forcée. Les précieuses chaussures du petit-fils ont disparu. « J’ai perdu entre 9 000 et 12 000 euros » se lamente-t-il. Il a fermé son compte Instagram.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – D’UNE FENÊTRE À L’AUTRE

Deux problèmes se sont posés à moi au moment de la recherche d’idée pour ce fait divers. D’une part, comment montrer le passage du réseau social à l’acte de cambriolage en tant que tel, sachant que le réseau social appartient au monde virtuel et le cambriolage au monde réel ? Sortir du premier pour pénétrer dans le second, en quelque sorte. Et si le cambrioleur passe par une fenêtre pour entrer par effraction, il peut très bien sortir par une fenêtre – celle de l’écran du téléphone — pour sortir du réseau social. Ainsi le téléphone se fond dans le décor d’une banlieue paisible. Le cambrioleur relie directement le monde virtuel au monde réel de l’effraction, avec un pied dans l’un et une main dans l’autre. Il y a quelque chose du Passe-muraille de Marcel Aymé dans cette image. D’autre part, à quoi ressemble le cambrioleur ? L’illustration a cet avantage que l’on peut user facilement de clichés sans paraître exagérer. Alors allons-y franchement pour le cambrioleur : pull rayé façon Rapetou, silhouette noire façon Fantômette, casquette et pied de biche. Une demi-mesure n’aurait pas fonctionné. Il faut parfois pousser la caricature jusqu’à l’extrême pour créer avec le lecteur une sorte de connivence : il sait que j’exagère et que je fais confiance à son intelligence pour faire la part des choses. Entre « gens intelligents », on se comprend. Enfin, sur l’écran du téléphone, le logo du réseau social en question est clairement désigné.

 


Le prêtre amoureux n’était pas un ange

PAR TIMOTHÉE BOUTRY | 27 JANVIER 2018

Il était dit que cette histoire d’amour était prohibée. D’abord par la justice divine : le père Henri, fraîchement arrivé dans une paroisse des Bouches-du-Rhône, a noué petit à petit une relation charnelle avec une paroissienne dévouée, Lætitia, enseignante et mère séparée. La liaison clandestine s’installe dans le quotidien, en veillant à une discrétion absolue. Les amoureux vont quand même au cinéma, à des expositions, font des balades. Jusqu’à ce jour où en pleine église, le père s’emporte et sous l’effet de la colère, pour un motif futile, projette Lætitia au sol. Elle est blessée et c’est à la justice des hommes que le prêtre va cette fois-ci répondre. Il écope d’un rappel à la loi et est envoyé dans une autre paroisse. Dans cette nouvelle affectation, le père Henri est très apprécié. Lætitia, elle, a dû subir les regards réprobateurs de ses concitoyens.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – QUELQUE CHOSE QUI CLOCHE

Certaines idées me viennent directement d’expressions ou de proverbes. En l’occurrence pour ce fait divers, j’ai rapidement axé ma réflexion sur le symbole de la cloche. La cloche se rapporte au clocher, qui se rapporte à l’église, qui se rapporte enfin au curé. Elle relie le Très-Haut au monde des hommes et de leurs péchés. Mais la cloche évoque aussi « les querelles de clocher », les histoires de Clochemerle, le roman satirique de Gabriel Chevallier, ou encore Le Petit monde de Don Camillo. Bref, grâce à toutes ces références, le lecteur comprend parfaitement ce que représente la cloche dans cette image. Restons dans le symbole. En amour, quand le cœur est brisé, rien ne va plus. Au village, rien ne va plus non plus. La cloche fendue sépare les âmes et, par la même occasion, les corps des deux amants. Elle les renvoie dos à dos, dans une attitude coupable. Suspicieux, les amants s’observent du coin de l’œil. Mais tous deux savent que le vrai jugement ne sera pas celui des hommes, car la scène se déroule dans le cœur même d’une église, avec en fond, trois voûtes symbolisant la Trinité, comme il se doit dans les meilleures images pieuses. Au final tout est rentré dans l’ordre ; le curé s’est fait sonner les cloches.

 


Les femmes cybermaltraitées

PAR PASCALE ÉGRÉ | 07 FÉVRIER 2018

Les violences faites aux femmes se sont imposées ces dernières années comme un sujet majeur dans la société française. Parmi elles, il est une catégorie en progression et contre laquelle les autorités ont beaucoup de mal à lutter : la cybermaltraitance. « Des violences peu et mal connues, peu prises au sérieux » et pourtant « massives » selon le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes dans un rapport publié en 2018. Le rapport pointe des dérives particulièrement inquiétantes, comme l’ampleur croissante du « cybercontrôle » dans le couple. L’exemple le plus rencontré est la géolocalisation du portable de l’épouse à son insu, qui peut avoir de graves conséquences quand celle-ci est mise à l’abri dans un logement secret et que le mari violent la retrouve. S’y ajoute le fléau croissant du revenge porn (publication d’images ou de vidéos sexuelles), l’usurpation d’identité… Pour lutter contre ce fléau, le Haut conseil a émis 28 recommandations.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – LA FORCE DE LA SIMPLICITÉ

Quand j’entends parler de maltraitance des femmes, un mot me vient immédiatement à l’esprit : le mot « broyée ». Un seul mot peut parfois me suffire à trouver une idée. L’image de la femme broyée s’est imposée à moi, de façon précise, nette et j’ai voulu que le résultat soit simple et impactant, d’où le fond blanc sans décor, avec juste quelques éclats. Plutôt que de représenter l’homme en entier, j’ai choisi de le résumer à l’instrument de sa violence, la main. Une main grosse, épaisse, agressive, rouge, capable par la force de tout broyer, en l’occurrence, les femmes. Mais pas directement, car dans cet article, il s’agit de cybermaltraitance, autrement dit de maltraitance par le biais des smartphones et des réseaux sociaux. Qu’à cela ne tienne, le smartphone brisé témoigne encore plus de la violence de l’homme. La femme, emprisonnée dans son téléphone portable, ne peut que subir l’attaque foudroyante de la main qui se referme sur elle en fissurant son existence. Il est parfois des images simples qui en disent long. Quand j’arrive à ce degré d’efficacité graphique, je suis le plus heureux des illustrateurs… quel que soit le sujet.

 


Le rapt, l’arme en vogue du banditisme

PAR ÉRIC PELLETIER ET JÉRÉMIE PHAM-LÉ | 01 DÉCEMBRE 2018

Les enlèvements et séquestrations ont longtemps nourri la mythologie du banditisme le plus noir. Que ce soit au fin fond des villages de Sardaigne, en pleine guerre de la prohibition à Chicago, ou entre cartels de la drogue au Mexique, cette pratique d’une extrême violence paraissait éloignée de notre pays. Mais elle devient de plus en plus fréquente dans l’hexagone avec l’explosion et la généralisation du trafic de stupéfiants. Désormais pour régler leurs comptes, ravir un territoire ou récupérer des dettes, les trafiquants utilisent de plus en plus facilement tortures et enlèvements. En 2018, on estimait à 3 500 le nombre de séquestrations en France, un chiffre regroupant cependant une multitude de faits différents. « Faire souffrir, user de cruauté et humilier pour mieux dominer pour se venger, tels sont les objectifs recherchés» décrivait le procureur général de Grenoble dans cet article consacré aux nouvelles méthodes des voyous pour régler leurs conflits.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – COMME DANS UN POLAR

J’ai choisi d’aborder cette illustration de façon descriptive. Cette fois, pas de métaphore, pas de référence particulière, simplement une description pure et simple qui montre bien la violence du fait divers en question. À la lecture d’un sujet, il me vient souvent à l’esprit un mot, une ambiance, une amorce de ce qui sera la base de ma réflexion pour trouver une idée. Cette fois, c’est le polar qui m’a tout de suite traversé l’esprit, une ambiance à la Thierry Jonquet. Le rapt se déroule dans les « quartiers sensibles ». J’ai composé l’image de telle sorte que tout nous ramène à la victime, malgré sa petite taille. Il est d’abord cerné par les agresseurs démesurément grands, puis par une barrière d’immeubles. Il n’existe aucune échappatoire possible pour lui. Le rouge du sang versé, telle une grosse larme, attire notre attention. Enfin, les mouvements « chorégraphiques » des agresseurs conduisent notre regard au centre parfait de l’image où se trouve la victime. Depuis leurs fenêtres, des silhouettes toutes identiques observent le déroulement des faits, comme autant de témoins. Notre point de vue en plongée est celui que l’on pourrait avoir depuis la fenêtre d’un des immeubles, nous reléguant ainsi au rang des témoins anonymes.

 


Les apprentis terroristes ciblaient la communauté gay

PAR JÉRÉMIE PHAM-LÉ | 04 DÉCEMBRE 2018

Ce jeune garçon a peut-être échappé au pire en allant porter plainte au commissariat en juin 2018, après avoir été contacté sur une application de rencontre de la communauté gay. L’échange avec un interlocuteur inquiétant lui a fait prendre peur. Les enquêteurs se penchent sur ce mystérieux personnage et tombent rapidement sur deux adolescents au profil très suspect. L’un des deux est déjà repéré par la DGSI pour des soupçons de radicalisation islamiste. L’enquête montre que fin mai, il avait cherché à entrer en contact avec de nombreux membres de la communauté gay. Dans quel but? Lui nie toute intention criminelle mais, en audition condamne l’homosexualité. Il est en lien avec un ami chez qui les policiers découvrent des armes artisanales dont certaines potentiellement dangereuses, mais aussi une bague frappée du symbole de Daech. Chez le premier, plus de 7 000 images d’exactions commises par l’État islamique ont été retrouvées. Ils ont été incarcérés.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – LES COULEURS DE LA LIBERTÉ

La communauté gay et le terrorisme islamiste ont un point commun et un seul. Tous les deux ont un drapeau sous lequel on peut rapidement les identifier. La comparaison s’arrête là, mais en termes d’illustration, elle m’a permis d’enclencher le processus créatif. Mon illustration tournera autour de ces deux drapeaux que tout oppose, même graphiquement ; le premier est sombre et sinistre, alors que le second est coloré et plein de vie. Une telle opposition graphique est du pain béni pour un illustrateur. J’ai longtemps cherché comment je pouvais composer avec ces deux drapeaux : le noir recouvrant le coloré, le coloré taché de noir… Il manquait l’idée d’une communauté gay blessée. J’utilise beaucoup le dictionnaire des synonymes dans mes recherches d’idées. Pour le mot blesser, il y a fouler, piétiner… Et que piétine-t-on ? Le rainbow flag en forme de tapis, foulé par les deux terroristes cherchant à y planter leur drapeau, laisse échapper une flaque noire se répandant comme de la haine pure. Les deux terroristes ne forment qu’un avec le drapeau noir. Le fait divers mentionnait que l’un des deux avait fabriqué une sorte de canon à boule de pétanque. L’autre plante le drapeau, mais à y regarder de plus près, le tapis semble intact comme si, finalement rien ne pouvait l’abîmer.

 


Violence conjugale : victime et responsable ?

PAR GUILLAUME FROUIN | 05 JANVIER 2019

L’affaire à tous les aspects du dysfonctionnement ubuesque de l’administration. En 2018, la Commission d’indemnisation des victimes d’infraction (CIVI) avait estimé qu’une femme, grièvement blessée par son conjoint violent au Mans, était coresponsable des faits et ne pouvait prétendre à une indemnisation maximale. Comment en est-on arrivé à une telle décision ? Ce soir de 2013, victime une nouvelle fois des coups de son conjoint, cette femme avait appelé la police qui l’avait conduite à la gare pour se réfugier dans sa famille à Alençon. Mais faute de train et de solution de repli, elle est retournée à son domicile où son compagnon l’a défenestrée. Depuis, elle est paraplégique. Le Fonds d’indemnisation a estimé qu’en revenant chez elle, elle avait été imprudente. Médiatisée, l’affaire a fait réagir jusqu’au gouvernement. En appel, la victime a finalement obtenu l’année dernière l’indemnisation maximale.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – FENÊTRE SUR COUR

Le mot terrible de défenestration a été le déclencheur de mon idée dans cette illustration. À la lecture de ce fait divers, j’ai tout de suite su que la fenêtre, ce passage entre le dehors et le dedans, entre ce qui se passe à l’intérieur et ce que l’on voit où ne voit pas de l’extérieur, serait l’élément central de mon dessin. J’ai voulu placer le lecteur dans la position désagréable de témoin de l’horreur. La scène qui se déroule ici, peut très bien se passer en face de chez vous. Que feriez-vous alors ? De cette fenêtre trop grande, la femme trop petite va inévitablement basculer. D’ailleurs, ses cheveux penchent déjà vers le vide. L’ombre démesurée de l’homme va s’abattre violemment sur la femme impuissante. Nous sommes au climax du drame, c’est le moment où tout bascule, « l’instant décisif » en quelque sorte. Dans cette ville fantôme, personne n’est là pour aider cette femme. Les portes closes des immeubles, les fenêtres aveugles, ont poussé la femme à revenir chez elle. Le rouge-sang des cheveux de la victime annonce déjà la couleur. Les lourds nuages gris verseront peut-être leur pluie pour laver les conséquences du drame.

 


Dix ans à attendre le procès de son agresseur

PAR TIMOTHÉE BOUTRY | 15 AVRIL 2019

C’est une des tares de notre système judiciaire : la lenteur des procédures, qui aboutit parfois à attendre pendant des années la tenue d’un procès. Une spécificité française pour laquelle l’État a déjà été condamné par des juridictions internationales. Un exemple parmi d’autres, Mathilde a ainsi attendu dix ans le procès de son agresseur. Cette lenteur concerne surtout les dossiers les plus complexes, confiés à des juges d’instruction, qui ne représentent que 5 % des enquêtes pénales. En moyenne, il faut 24,5 mois pour les boucler, auxquels il faut rajouter parfois un an pour organiser le procès. Malgré des tentatives de réforme, des magistrats reconnaissent s’être « habitués » à cette inertie. Une lenteur qui n’est pas seulement due aux défauts de l’administration : « la loi a donné de plus en plus de droits à toutes les parties, pour faire des demandes ou des recours » explique Jacky Coulon, secrétaire général de l’Union syndicale des magistrats.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – L’IDÉE DANS L’IDÉE

Le concept du temps a beaucoup été représenté dans les arts graphiques, notamment dans la peinture, avec les vanités ou les natures mortes. J’ai commencé à regarder de ce côté pour trouver mon idée. Mais très vite ces allégories tragiques m’ont paru un peu trop exagérées pour ce cas où il n’est question que de « dix ans d’attente ». Du côté des symboles, il y a le sablier. Option intéressante mais rapidement écartée car la référence à la mort y est trop prégnante. Finalement, la représentation la plus évidente du temps est tout simplement la pendule. Mais, si la pendule nous parle du temps, elle ne nous dit rien de sa lenteur. Il a donc fallu trouver une idée dans l’idée. Comment montrer la lenteur du temps qui passe ? C’est en esquissant des aiguilles tordues que le tableau de Dali, La persistance de la mémoire, avec ses montres molles, s’est imposé à moi comme LA solution. Tout le reste de l’illustration a suivi ; la lourdeur de la procédure judiciaire, la balance de la justice et, sur les marches du palais, la femme assise attendant désespérément que le temps s’écoule. Je suis toujours étonné de voir comment une idée en amène une autre et comment, de bonds en rebonds, je retombe toujours sur mes pieds. C’est juste une question de temps.

 


Un gourou nommé Zeus

PAR LOUISE COLCOMBET | 23 SEPTEMBRE 2019

Il se faisait appeler Zeus, mais ce n’était pas par goût de la mythologie grecque. Claude Alonso devra bientôt répondre d’abus de faiblesse et de viols sur plusieurs femmes. Elles étaient toutes sous son emprise à Gujan-Mestras, sur le bassin d’Arcachon. Là, Zeus avait créé une petite communauté sectaire où ces femmes, baptisées du nom de déesses grecques, Hestia, Demeter ou Artemis, étaient réduites à l’état d’esclaves sexuelles. Il avait auparavant mis la main sur leurs maigres biens ou les avait obligées à contracter des prêts. Lors de soirées ubuesques, assis sur son trône, Zeus discourait des heures avant de contraindre sa petite cour à des bacchanales débridées. Un enfer finalement brisé par sa propre fille, dont il avait aussi abusé, qui a eu le courage de s’enfuir avec une amie pour dénoncer les faits.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – UN DEUS EX MACHINA PAS BANAL

Qui dit Zeus, dit théâtre antique grec. Voilà pour le décor : une scène, des planches en bois, des colonnes, des amphores, une toile de fond en forme de temple et des motifs graphiques vaguement grecs. Le tout, plus ou moins branlant, sans volume, comme fabriqué en carton-pâte, et faisant à peine illusion. Qui pourrait croire à ce décor, sinon quelques personnes crédules, tombant dans le panneau ? Pour le personnage : Zeus en personne. Grand, fort, occupant toute la scène, en grand apparat, là encore à peine crédible, vêtu d’une toge blanche un peu trop courte, laissant apparaître un détail qui perturbe quand même le regard : les membres inférieurs du pseudo-Zeus. Sous le faux Zeus se cache le vrai satyre. On y verra, bien évidemment, toute la connotation sexuelle de cette représentation. Sans parler de la longue queue serpentant le sol. Trois femmes alignées, bras ballants, captivées du regard hypnotisant du gourou et incapables de lui échapper, tiennent le rôle de victimes sous emprise sectaire. La vue frontale nous place en tant que spectateurs d’une pièce de théâtre qui se joue à huis clos. La scène porterait à rire tant elle est grotesque. Si ce n’est que, comme dans le théâtre antique, le Deus ex Machina ne vient pas sauver ces femmes, mais en faire au contraire des victimes.

 


Révélations sur le projet d’assassinat d’une juge

PAR JEAN-MICHEL DÉCUGIS, ÉRIC PELLETIER ET JÉRÉMIE PHAM-LÊ | 26 SEPTEMBRE 2019

C’est l’un des piliers de la République, et s’attaquer à un de ses membres est d’une gravité extrême. La justice et ses magistrats sont théoriquement intouchables. Mais ils peuvent parfois être la cible de violences. Le projet fou d’assassinat d’une juge travaillant sur un dossier du grand banditisme a-t-il été enrayé par la police ? C’est en tout cas ce que pensent les enquêteurs chargés de ce dossier, où une magistrate pugnace faisait l’objet de discussions inquiétantes de la part de deux hommes liés au Milieu et placés sur écoute. Ils envisageaient clairement de recruter des hommes de main afin de provoquer un accident de scooter mortel. Arrêtés, les deux suspects ont nié toute intention criminelle. En 2019, la ministre de la Justice avait indiqué qu’une soixantaine d’agressions visent des magistrats ou des greffiers chaque année. En juin 2019, la présidente de la cour d’assises des Yvelines a été attaquée à son domicile.

Clod expose au Parisien

Le regard de Clod – CIBLER LE NON-ÉVÈNEMENT

Un projet d’assassinat n’est pas un assassinat. C’est ainsi que les choses se compliquent pour l’illustrateur qui doit trouver une idée. Comment représenter un évènement qui n’a pas eu lieu ? Raconter une histoire en une seule image suppose que le dessinateur fasse confiance au lecteur et lui laisse une part de liberté en lui laissant imaginer ce qui va se passer ou ce qui vient de se passer. Par exemple, dans le cas qui nous occupe, si l’illustrateur montre une arme à feu visant la juge, il y a de fortes chances pour que le lecteur comprenne que la magistrate va être assassinée. Heureusement, ce projet n’a jamais été mis en œuvre. C’est toute la difficulté de la représentation du non-évènement. L’arme pointée sur la juge est donc exclue. Reste le geste. Tout comme le mime fait le geste, mais pas l’action, la main vise mais ne tue pas. Il n’y a pas d’ambiguïté possible, le lecteur, imaginera la suite : les assassins ne feront pas couler le sang. Le non-évènement aura eu lieu. Fallait-il encore trouver une astuce graphique pour attirer l’œil du lecteur sur la personne visée et la représenter alors même que l’on ne connaît pas son visage. Ainsi, les cercles circonscrits de la cible convergent en un point rouge au centre de l’image : la tête de la magistrate, protégée par un casque de moto.