Clod illustration blog trois questions graphiques sans réponses

Trois questions graphiques

TROIS QUESTIONS GRAPHIQUES 

(sans réponses !)

Voici une série de considérations illustro-graphiques qui devraient ravir les créateurs d’images et plus spécialement les illustrateurs. Mais il se pourrait bien que le sujet permette au plus grand nombre de mieux comprendre comment fonctionne une illustration. Certaines questions graphiques trouvent des réponses avec l’expérience, le savoir-faire ou simplement par les choix personnels de l’illustrateur. Il existe aussi des questions pour lesquelles il n’y a pas de « vraies » réponses. En ce qui me concerne, lorsque je suis amené à réaliser une illustration, à peine le crayon posé sur le papier, trois questions surgissent systématiquement dans mon esprit et pour lesquelles je n’ai jamais trouvé de réponses définitives.Clod illustration blog trois questions graphiques sans réponseAvertissement ! Ce qui va suivre pourrait fortement instiller le doute dans le processus créatif des illustrateurs qui ne se posent pas toutes ces questions ! Pour les autres, vous pouvez y aller…

L’illustration trait pour trait

La première question, la plus simple à comprendre visuellement, concerne le trait. Vous savez cette ligne souvent noire, plus ou moins épaisse, qui donne un contour aux personnages ou aux choses dans un dessin. Les amateurs de Tintin verront très bien de quoi je parle. A noter au passage que l’on n’y prêtre pas attention, mais ce fameux trait n’existe pas dans la réalité. On appelle ça le dessin « au trait », sous-entendu avec des contours. C’est la manière la plus commune de faire un dessin, les enfants l’ont bien compris. A contrario, il existe une autre manière d’aborder l’illustration, une façon tout en aplats de couleurs et sans lignes de contour. Aucune des deux approches n’est meilleurs que l’autre, elles sont simplement différentes, mais dans mon esprit – plein d’aprioris – elles suggèrent des ressentis bien distincts. Pour moi, l’illustration « au trait » est inévitablement associée à la « bande dessinée » ou au « dessin de presse ». En revanche, l’illustration en aplats suggère à mon sens une approche qui se réfère plus au graphisme et se veut plus classieuse.

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C’est absurde de voir les choses de façon aussi binaire, car une illustration au trait peut être classe – par exemples les illustrations de Loustal ou d’Avril – et une illustration en aplats peut parfaitement être grossière. Même si la plupart de mes illustrations sont en aplats, il m’arrive parfois de céder au contour. Mais au fond, je ne parviens pas vraiment à choisir, et à chaque illustration, je me pose la question. Il m’arrive alors en guise de compromis de mixer les deux, pour atteindre alors une sorte d’équilibre graphique qui me satisfait un peu sur le moment. Et puis, l’illustration suivante, rebelote ! Et ce, indépendamment des tendances graphiques qui poussent les illustrateurs à s’orienter dans un sens ou dans l’autre.

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L’illustration sur les bords

J’ai pris conscience de cette question, à laquelle je me heurte à chaque illustration, il y a quelques mois seulement, quand un ami photographe m’a dit « c’est marrant, quasiment toutes tes illustrations sont des images ouvertes ! » J’ai acquiescé de la tête du style « je maîtrise mon processus créatif ! » mais je n’ai pas compris ce qu’il entendait par là sur le coup. Ça m’a quand même pas mal occupé l’esprit cette remarque, les jours suivants. Et puis j’ai fini par comprendre – c’est génial quand la petite lumière s’allume – il suggérait en fait que dans mes illustrations, les décors ou les personnages n’étaient pas coupés par le bord d’un cadre comme c’est le cas pour une photographie.

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Et c’est vrai, allez savoir pourquoi, la plupart de mes illustrations sont à fond perdu sans coupure. Cette question du cadre, je me la posais inconsciemment à chaque création. Mine de rien « pour moi ça veut dire beaucoup ! » comme dit la chanson. L’image ouverte permet à l’air de circuler autour, elle est libre de tout contrainte formelle imposée par un cadre. En revanche l’illustration flotte, du coup elle a intérêt à être bien composée pour éviter que ce flottement se transforme en dérive graphique. L’image fermée est conditionnée par le cadre mais elle permet à l’illustrateur de réaliser des compositions graphiques que je qualifierais de « picturales », dignes des techniques de compositions des plus grands tableaux de peinture. Là encore, hésitant entre l’un et l’autre, j’ai trouvé une sorte de compromis graphique que j’applique quand et comme je peux.

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L’illustration conceptuelle

Enfin, vient cette question plus abstraite que technique et qui concerne l’approche intellectuelle de l’illustration. Ne vous sauvez pas, c’est très simple ! C’est sans doute la question la plus difficile pour moi car elle ne supporte pas de compromis, il faut donc que je choisisse. Mon illustration doit-elle être « conceptuelle » ou « réaliste » ? Conceptuelle, c’est à dire toute orientée vers une idée et faisant fi des proportions, des perspectives, des couleurs réelles, bref de la réalité, du moins telle que la plupart de nous l’aperçoit. Réaliste, c’est à dire proche de la vraie vie, avec les personnages à la bonne taille, les proportions respectées qui fait que l’illustration donne une image assez proche de la réalité.

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L’approche conceptuelle est de loin celle qui me semble la plus créative, elle permet tout, mais c’est la plus difficile à mettre en pratique car elle sort de rien d’existant, si je puis dire. L’image réaliste, plus simple à réaliser par le fait qu’elle se « contente » de reproduire la réalité, est sans doute plus accessible et parle au plus grand nombre. La première parle à notre cerveau, la seconde à notre cœur.

Trois questions et trois non-réponses. J’imagine que chacun dans son domaine se pose ses propres questions. Ce qui paraît évident pour l’un ne l’est évidemment pas pour l’autre. Il me semble enfin que, si c’est très agréable de trouver des réponses aux questions que l’on se pose, car elles nous donnent le sentiment de progresser, les questions sans réponses sont très certainement les plus intéressantes, parce qu’elles nous poussent toujours plus loin, à tout explorer.